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  • Stéphanie MINON

Je n'aime pas mon bébé

Je suis doula et mère, mais, à sa naissance, je n’aime pas mon bébé instantanément. Avec cet article, j’ai envie de témoigner de cette période de ma vie de maman où j’ai douté, souffert et culpabilisé sans baisser les bras. Il n’y a pas de mode d’emploi fourni avec un enfant. J’ai lutté contre ce que je ressentais. Aujourd’hui, j’aime mon fils plus que tout, mais je trouve important d’oser dire quand ça ne va pas. Pour que ça aille durablement mieux ensuite.


Bébé laid qui pleure | Je n'aime pas mon bébé

Je n’aime pas être enceinte

Je suis enceinte et ma grossesse est parfaite. Mon corps se métamorphose et je ne ressens aucun désagrément. J'entends des témoignages d'amies qui ont tellement souffert pendant leur grossesse : nausées, vomissements, hyperémèse gravidique, anémie, fatigue, hypertension, menace d'accouchement précoce…

Je me sens chanceuse. Mes cheveux sont plus volumineux et plus brillants. J'ai même une belle peau. C’est l’effet “glow”.


Femme enceinte zoom sur le ventre

Je n'aime pas mon corps ; il ne m’appartient plus

J’ai une grossesse parfaite, mais voilà, je n'aime pas être enceinte. Je ne suis même pas sûre de le vouloir vraiment, cet enfant.

Je n'ai pas envie de toucher mon ventre, ni même qu'on le touche d'ailleurs.

J'ai peur de lui donner la vie et d'en être responsable pour toujours.

Je n'aime pas cette période, car tout tourne autour de lui. Je ne peux plus boire, plus manger comme je veux. Tout le monde sait mieux que moi ce qui est bon pour moi et pour ce bébé.

Je me sens dépossédée de mon corps. Voilà ce que j'ai pensé tout au long de ces 9 mois (+4 jours…)


Mon bébé est laid

Je n’aime pas être enceinte et voilà que l’accouchement n'arrive pas, dure des heures et finit même par une césarienne. Tout ça pour qu'au final… mon bébé soit si laid !

Et en même temps, j'ai eu si peur de le perdre.

Il est en vie, mais il est laid. Ambivalence bonjour…

Je passe les premières heures de sa vie sans lui. Quand je le retrouve, il est dans les bras de son père, si calme.

J’ai lu que l'allaitement est une bonne chose pour les bébés, alors j'essaie. Ça se passe relativement bien. Une fois la tétée terminée, les infirmières me le prennent pour "que je me repose".


Je n'aime pas ma première nuit de mère sans mon enfant

On m’a pris mon bébé pour ma première nuit de maman. Je ne dors pas, l'adrénaline est encore trop présente. Je demande à mon conjoint de ne pas diffuser de photos, de ne pas dire qu'il est né. Car c'est au-dessus de mes forces d'envoyer des images de cet être si laid. Je me sens tellement anormale.


Le lendemain, je dois me lever, parce qu'on me dit : "ça cicatrisera plus vite madame". Je dois lui donner son premier bain. Dans une salle commune, je le baigne.

Il pleure alors que tous les autres bébés sont calmes. Je n'y arrive pas, je suis maladroite et l'infirmière s'agace.


La pédiatre voit ma détresse et ne me juge pas

La pédiatre passe et me demande comment je vais. Je pleure.

Elle demande à ce que l'on se voit. Je la suis dans son bureau, avec ce bébé qui pleure et ne veut pas se laisser faire. Elle me demande si j'ai envie de parler, car elle sent que je ne vais pas bien.

Comment lui dire la vérité ? Elle ne voit donc pas qu'il est laid ? Qu'il pleure et que je n'en veux pas ? Que cette rencontre, ce lien dont tout le monde parle, n'est pas au rendez-vous ?

J'ai essayé de l'allaiter ce matin, mais ça me fait déjà mal. Je suis fatiguée, je me sens nulle et je ne l'aime pas.

Alors après un temps, je lui dis : "Il est affreux, vous ne voyez pas ? Et puis, il a tout le temps faim !"

Elle me regarde et me sourit, me dit qu'elle me comprend et qu'elle voit bien combien je suis affectée.

Elle essaie de me rassurer en me disant qu'il est vif et éveillé. Elle me donne des biberons en m’invitant à lui donner à la fin de chaque tétée pour qu’il ait moins faim.


Ma vie de maman commence dans le chaos

La deuxième nuit se passe dans le chaos. Il est collé à moi en permanence, il veut téter ; je veux dormir.

Il pleure, je pleure. Je me sens tellement seule et en détresse.

J'écris à mon conjoint dans la nuit, en lui demandant à quelle heure il compte arriver. Il répond dans la minute "maintenant ?". Il arrive très tôt, prend Raphaël dans ses bras qui s'y endort. A cet instant, je les déteste. Mais je décide de dormir pour survivre.

S'ensuivront des journées et des nuits encore difficiles à la maternité, puis à notre retour à la maison.


Je suis jalouse du père de mon bébé

Je l'emmène partout pendant les 9 mois de mon congé parental. Mais le lien avec son père est tellement fort ; je me sens moins proche. Je suis jalouse du lien immédiat que le papa a créé avec notre bébé.

L’assistante maternelle de Raphaël ne manquera pas de le noter et de me dire : " C'est bien la première fois que je vois un père prendre la place de la mère".


J’ai besoin d’aide pour créer du lien avec mon bébé

Dans les premiers temps, je demande à mon conjoint d'aller dormir chez une amie, puis chez ma mère pour ne pas rester seule avec ce bébé.

J'essaie pendant des mois de créer du lien avec lui.

Je vais beaucoup à la PMI (service de Protection Maternelle et Infantile) où l'on m'accueille et me conseille. Je participe à des ateliers de massage bébé et je commence à apprécier les moments passés ensemble car je sens que je peux l'apaiser quand je le touche.

Je m'entraîne à le porter avec une écharpe quand il pleure le soir.

J'ai cherché des ateliers, des événements, des cercles de parole, tout ce qui pouvait m'aider à entrer en connexion avec Raphaël. J'ai réussi peu à peu grâce aux massages, au portage et aussi à des temps de paroles, à me rapprocher de lui.

Oser dire que ça ne va pas

J'ai beaucoup culpabilisé de ne pas être, dès le premier jour, une mère proche et aimante. Je m’en suis voulue de ne pas avoir cet instinct maternel dont tout le monde parle. Mais j’ai osé dire quand ça n’allait pas. J’ai osé demander de l’aide. Ça a été bénéfique pour mon bébé comme pour moi.


Chaque parent crée du lien avec son enfant à son rythme. Il n’y a pas de règle. Soyez indulgent-e envers vous-même. Accueillez vos émotions, acceptez-les. Osez libérer votre parole ; vous vous rendrez compte à quel point vous serez plus apaisé-e. Osez sortir de l’isolement que crée parfois l’arrivée de bébé, expérimentez tout ce qui pourrait vous aider à vous rapprocher de votre enfant.


Si je peux vous aider à avancer sur le chemin de votre parentalité, contactez-moi pour en discuter.





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